Aimer et Protéger les océans – La Lettre de l'IO
L'Institut océanographique vous apporte, chaque mois, une information qualifiée sur son actualité et celle des océans...

Forum des Aires Marines Protégées (MedPAN)

A Tanger, au Maroc, les aires marines protégées de Méditerranée avaient rendez-vous début décembre dernier. Une occasion pour faire le point sur les besoins à l'échelle méditerranéen...
Les gestionnaires d’AMP se voient chaque année dans le cadre de réunions techniques et dans un contexte restreint. Le Forum de Tanger, le 2ème du genre, étendu à d’autres réseaux (RAMPAO), aux ONG (IUCN, WWF, Oceana, Mava), aux organisations intergouvernementales (Commission européenne, FAO, CGPM), aux bailleurs-financiers (FFEM, GEF), etc. a remporté un grand succès, avec une dynamique palpable, partagée et reconnue par les différents acteurs.

Voir le lien vers la brochure sur les résultats d'analyses du statut d'AMP en Méditerranée:

La situation des AMP de Méditerranée en 15 points


1. Si des progrès certains ont été enregistrés depuis le 1er Forum des AMP d’Antalya en 2012 sur les surfaces couvertes par les AMP en Méditerranée (passant de 4.56 à 7.14%, soit une augmentation de 57 %), les résultats restent insuffisants pour atteindre l’objectif d’Aïchi des 10 % à l'horizon 2020. * cf carte de la répartition des AMP à l’échelle du bassin méditerranéen).

2. Il faut créer davantage d’AMP. Les 3 % à gagner dans les 3 ans à venir sont un vrai défi. De plus on observe un vrai déséquilibre Nord-Sud, 80% des AMPs étant situées sur la rive Nord.

3. Il faudrait augmenter le pourcentage des zones d’accès interdit, de non-prélèvement et de non-pêche de 0.04 % (fin 2016) à 2% afin d’optimiser l’efficacité des AMP grâce aux phénomènes de Spillover (migration en dehors de la zone) et au Dispersal (essaimage de larves et de juvéniles) notamment dans les zones fonctionnelles clef. L’objectif de 2% mentionné dans la Déclaration de Tanger a été déterminé de « arbitrairement », personne ne sachant vraiment quel pourcentage de zone No-take il faudrait. Au-delà de l’aspect « comptable », cette question est au cœur d’un vif débat au sein des gestionnaires. Certains soutiennent que seules les zones no-take sont à même de « sauver » la biodiversité et ses services et souhaitent que ce chiffre augmente drastiquement. D’autres conviennent que c’est important mais qu’il faut être réaliste. Chiffrer au-delà de 2% n’est tout simplement pas possible.

4. Il faut des AMP plus cohérentes, plus représentatives des habitats et des écosystèmes, incluant des zones en haute mer, interconnectées, sélectionnées selon une approche holistique, et devant garder une souplesse adaptative ; Le contexte des AMP change en permanence en conséquence des menaces dues aux activités anthropiques, mais aussi des effets du changement climatique. Les zones protégées aujourd’hui ne seront pas celles qui seront les plus prioritaires demain. Il faudra s’adapter à la situation. Et également concilier avec les autres usages (énergies, navigation, tourisme, aquaculture, autres).

5. Il faut envisager les activités économiques autour et dans les AMP de manière sereine mais précautionneuse (pêche, aquaculture, énergies renouvelables, tourisme) et vérifier leur durabilité au-delà des déclarations d'intention.

6. Il faut des AMP aux capacités renforcées, mieux gérées disposant de stratégies solides de gouvernance, de suivi scientifique et de communication. (Un trop grand nombre d’AMP ne possèdent pas de plan de gestion, ni de moyen matériel pour la mise en œuvre effective et efficace, d’où l’importance de la coopération Nord-Sud, Ouest-Est, de l’implication de tous les acteurs et des échanges d’expériences, de bonnes pratiques et de connaissances).

7. Il faut des AMP disposant de ressources humaines pérennes (beaucoup d’AMP souffrent du manque de personnel dédié comme l’a montré l’enquête présentée par Joachim Claudet, le référent scientifique de MedPAN) et compétentes, de personnes focales porteuses des initiatives (les pays en voie de développement sont confrontés à la fuite des cerveaux, ceux-ci préférant travailler à l’étranger ou auprès des instances internationales, ministères, que sur le terrain au contact de la réalité. Ce sont pourtant ces personnes dont on a besoin pour mettre en place des AMP efficaces).

8. Il faut davantage de coopération entre les AMP et les acteurs clefs (décideurs locaux, services de l’état, ONG, conventions, opérateurs économiques) et engager certaines parties prenantes dans des processus de co-gestion (trop de décideurs ont une idée sous-évaluée de la vraie valeur des AMP, et les considèrent comme un coût au lieu d’un investissement).

9. Il faut davantage de coopération régionale et inter régionale entre les réseaux humains travaillant sur les AMP, en particulier aussi entre réseaux d’AMP régionaux (MedPAN, RAMPAO, CamPan) afin de créer le lien, de partager les expériences et d’améliorer l’efficacité respective de chaque réseau et l’efficacité globale, mondiale.

10. Il faut des AMP disposant de financements sécurisés grâce aux relations de confiance avec les bailleurs (le mécanisme du fonds fiduciaire des AMP de Méditerranée est une des solutions, amenée à faire boule de neige) et des relations gagnant-gagnant avec le secteur privé. Aujourd’hui, seuls 15% des besoins des AMP sont couverts.

11. Il faut davantage de communication vers l’extérieur, les médias et le grand public, pour obtenir plus de lisibilité. Les AMP sont complexes ; l’extrême diversité des statuts des AMP et de leurs modes de désignation crée un véritable maquis administratif dont se plaignent les gestionnaires eux-mêmes. Il conviendrait de simplifier la nomenclature pour en améliorer l’efficacité et la lisibilité. La communication extérieure est un talon d’Achille des AMP.

12. Il ne faut jamais oublier que les zones hors AMP doivent aussi faire l’objet d’un effort de conservation et de gestion durable des activités économiques pour que 100 % de la mer Méditerranée soient protégés et gérés de manière durable.

13. D’une manière générale, la problématique AMP / Changement climatique a été assez bien évoquée : AMP, comme observatoires sentinelles, comme espaces qui améliorent la résilience des écosystèmes, qui captent et séquestrent du CO2. Cette problématique n’était pas incluse dans la feuille de route précédente. Depuis 2012, les choses ont évolué avec la publication de l’IUCN-Med (avec MedPAN and RACSPA) : Guide to monitoring Climate Change in AMPs, mais aussi une conférence-formation en 2014 et des programmes sur les espèces invasives (IUCN-Med Strategy, MedMIS alert system).

14. La problématique de l'Aquaculture et des AMP a été très peu évoquée. Les deux thématiques, qui seront au cœur de la prochaine Monaco Blue Initiative (3 avril 2017), sont très pertinentes.

15. Certains participants ont mis en exergue la course contre la montre qui est engagée pour préserver la biodiversité et les services qu’elle rend à l'Homme. Il faut atteindre les objectifs d’Aichi des 10% dans un contexte de pressurisation maximale du milieu côtier et marin (urbanisation, navigation, énergies, tourisme, pêche et aquaculture) et de crise économique. Et ces pressions vont grandissante, à un rythme effréné (Cf. la situation en Grèce dixit Laurent Sourbes, directeur du National Marine Park de Zakinthos). Résister au rouleau compresseur d’un développement mal contrôlé est certainement l’un des plus grands défis auquel les AMP seront confrontées... Retour accueilRetour accueil
1485193338.jpg zoomCliquez sur l'image pour agrandir
  • 1485193338 musee1485193338 musee