Aimer et Protéger les océans – Gestion durable des océans

Menace sur l'Océan Austral

Tribune de Robert Calcagno, Directeur général de l’Institut océanographique, Fondation Albert Ier, Prince de Monaco, suite à la première rencontre les « Défis de l’Océan » organisée à la Maison des Océans à Paris, le 28 novembre dernier.

Cette événement a rassemblé des participants de renommée:

Michel Rocard, ancien Premier Ministre et Ambassadeur de France chargé des négociations internationales relatives aux pôles Arctique et Antarctiques, a apporté son témoignage exceptionnel sur l’histoire et les perspectives de la CCAMLR et du Système du Traité de l’Antarctique.

Robert Calcagno, Directeur général de l’Institut océanographique a animé une table ronde rassemblant trois experts français de l’océan Austral qui ont pris part aux dernières négociations :

• Philippe Koubbi, Chercheur à l’Université Pierre et Marie Curie, Représentant français au comité scientifique de la CCAMLR
• Olivier Guyonvarch, Sous-directeur du droit de la mer, du droit fluvial et des pôles au Ministère des Affaires Etrangères
• Stéphanie Belna, Chargée de mission environnement polaire et milieu marin au Ministère de l'Ecologie, du Développement Durable et de l'Energie.
« Depuis deux ans se joue, de façon trop discrète, une partie cruciale pour la protection de l’environnement. Une partie que l’Humanité pourrait bien perdre. La préservation de l’Antarctique et de l’océan Austral est un des rares succès diplomatiques de la coopération multilatérale de ces dernières décennies et de la fin du XXème siècle. Or, cet héritage est aujourd’hui menacé. 

Alors que certains lobbys rêvent déjà d’une ouverture à l’exploitation pétrolière et minière de ce territoire encore préservé des excès des hommes, les pays parties de la Convention sur la Conservation de la faune et de la flore marines de l’Antarctique (CCAMLR) se montrent incapables de s’accorder sur la création d’un réseau d’Aires Marines Protégées. Ils signaient ainsi début novembre leur troisième échec.
 
Autant de signes d’essoufflement qui devraient nous alerter. Certes, la société civile mondiale a aujourd’hui d’autres préoccupations, à commencer par sortir de la crise ou au moins y résister. Mais pour ne pas risquer de perdre l’héritage d’années de mobilisation, de décennies de bonne gestion, il est urgent d’agir pour espérer préserver l’un des derniers trésors sauvages de notre planète.
 
Reprendre possession de notre patrimoine commun
 
La CCAMLR est une structure exceptionnelle, dans un cadre international exceptionnel (le Système du Traité de l’Antarctique), pour gérer un océan unique au monde de par sa biodiversité, mais aussi du fait qu’il soit intégralement constitué de haute mer. Instaurée en 1982, elle a consacré l’essentiel de ses 20 premières années à la gestion de la pêche, principale activité économique, pour ne s’emparer de la question environnementale que bien plus récemment.
 
Aujourd’hui, la CCAMLR assure l’équilibre entre exploitation économique et environnement, en se fondant sur un programme de recherche international, une approche écosystémique qui dépasse la gestion des stocks d’espèces commerciales dans les écosystèmes, ainsi que sur le principe de précaution.
 
Ses succès rapides, qui ont mené en 2005 à la décision de créer un réseau d’aires marines protégées puis à la création effective de la première en 2009 (Orcades du Sud), ont fait rêver d’elle comme d’une solution magique pour dépasser toutes les difficultés de la coopération internationale. Malheureusement, ce cercle vertueux s’est enrayé et certains pays s’inquiètent à présent de la place croissante des considérations environnementales, y voyant une limitation inacceptable de leur liberté future.
La création d’un réseau d’aires marines protégées dans l’océan Austral signifierait aujourd’hui reprendre possession de ce patrimoine commun. Cette nouvelle avancée permettrait une gestion plus fine des activités en fonction des spécificités des écosystèmes, qui peuvent être très variés. Ce serait également une manière d’affirmer plus clairement nos objectifs environnementaux en termes gestion des ressources, mais aussi de préservation des espèces et des écosystèmes uniques à l’échelle du globe. 
 
Relancer l’engagement international
 
Dans un monde fini, la course aux ressources, qu’elles soient halieutiques, énergétiques, minérales, bat son plein. Plus que jamais, nous sommes confrontés aux limites de notre planète et les appétits se concentrent aux derniers confins : les pôles, la haute mer. Autant d’endroits qui n’ont pas encore été accaparés et pillés, dernières traces d’un patrimoine commun. 
La CCAMLR n’est ni la baguette magique tant espérée, ni une structure caduque. L’obligation de consensus n’est que le rappel qu’en matière de coopération internationale, les Etats ne sont contraints que par leur propre volonté. Si l’on peut s’interroger sur le droit d’un Etat à paralyser un accord international, c’est un fait aujourd’hui et il convient de composer avec. 
L’un de nos leviers reste la mobilisation de la société civile internationale. Souvenons-nous qu’en 1991, cet élan populaire avait été décisif. L’appel lancé par des millions de citoyens, autour de Commandant Cousteau, avait su convaincre les représentants de l’époque de substituer à la convention de Wellington, qui ouvrait l’exploitation minière de l’Antarctique, le protocole de Madrid qui accorde à l’Antarctique le statut de réserve naturelle dédiée à la science et à la paix. 
 
Il est temps aujourd’hui de retrouver cet élan, qui dépasse les appétits d’aujourd’hui pour ne pas voler aux générations futures l’un des derniers espaces sauvages de notre planète bleue. »

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© John B. Weller, courtesy of The Pew Charitable Trusts
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