Aimer et Protéger les océans – Gestion durable des océans

Cessons de dilapider notre capital océans

Par Robert Calcagno, directeur général de l’Institut océanographique – Fondation Albert Ier, Prince de Monaco.
Les débats de Rio+20 nous l’ont une fois de plus rappelé : en matière d’exploitation des océans (aussi), nous vivons au dessus de nos moyens. Il est urgent de repenser les océans comme un patrimoine collectif à préserver. Nous pouvons en tirer de formidables avantages… sous réserve d’arrêter d’entamer le capital !
 
Les océans occupent 70 % de la surface de la planète et sont le berceau d’une incroyable biodiversité. Aujourd’hui, pourtant, notre insouciance les a menés au bord de l’épuisement.
 
L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) indique que la surpêche a déjà réduit certains stocks de plus de 90 % par endroits. Pour de nombreuses espèces, le « peak fish » (par analogie au « peak oil ») a été atteint en 1996. Depuis, malgré un effort de pêche plus intense et coûteux, les prises annuelles ont diminué de près de 10 % au niveau mondial. Si nos pratiques ne changent pas, cette production mondiale de la pêche risque de s’effondrer, faute de suffisamment de poissons dans les océans. Certaines régions, dont l’Europe, tentent de redresser la barre tant qu’il est encore temps, mais l’effort reste à poursuivre.
 
D’après un sondage réalisé récemment par l’Institut LH2 pour l’Agence des aires marines protégées, 72 % des Français réclament une exploitation raisonnée des océans. Les Aires marines protégées (AMP), qui consistent à encadrer localement les activités humaines, constituent aujourd’hui une très bonne réponse. Tout en préservant la biodiversité, elles peuvent permettre l’émergence d’activités économiques à fort potentiel, comme l’aquaculture, les énergies renouvelables ou encore l’écotourisme. En créant de vastes zones préservées, certains pays insulaires comme les Kiribati, au nord de la Polynésie française, ont déjà saisi l’opportunité d’actionner ce levier de développement local.
 
L’un des facteurs de réussite est évidemment l’implication des populations concernées. Une AMP décrétée par un organisme lointain, sans concertation avec les acteurs locaux ni prise en compte de leurs us et coutumes, n’aurait aucune chance de succès. Pour réussir, nous devons agir localement et construire à partir de l’existant. Consignes qui ne doivent pas nous empêcher d’adopter une vision globale, garante d’une cohérence et d’une dynamique internationales. La mobilisation des États, voire de l’ONU, est essentielle.
Apprenons enfin à réfléchir sur le long terme. L’archipel des Palaos y est parvenu en créant en 2009 un sanctuaire dédié aux requins, d’une taille équivalente à celle de la France. Situé près des Philippines, cet État insulaire a pressenti le fait, confirmé depuis par des études, qu’un requin vivant vaut bien plus qu’un requin mort. Sur toute la durée de sa vie, un prédateur des mers peut générer d’importantes retombées touristiques. Une fois mort et dépecé, sa contribution à l’économie locale est bien maigre, sans parler des menaces que cette traque fait peser sur la survie de l’espèce et la biodiversité en général. En silence et sans défense, nos océans se vident. Qu’y gagnons-nous ?
 
En l’espace de dix ans, les déserts marins, sans algues ni poissons, ont progressé de 15 %, soit plus de 6 millions de km2. À en croire les projections du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), il nous reste moins de deux générations pour inverser la tendance et repeupler nos fonds marins. Le compte à rebours a commencé.
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© M. Dagnino
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