Aimer et Protéger les océans – Requins
Retrouvez les ressources de l'Institut océanographique pour mieux connaître les requins...

Rencontres autour des requins - 10 Juin 2013

Laissons une place aux requins
Dans le cadre du programme « Requins, au-delà du malentendu », l’Institut océanographique a réuni le 10 juin 2013 de grands acteurs de la connaissance et de la protection des requins, pour échanger sur la situation actuelle des requins et les conditions d’une cohabitation apaisée avec des hommes qui investissent de plus en plus le milieu marin.

Le paradoxe des requins
Les requins occupent une place singulière dans notre rapport à la mer.
Près de 100 millions de requins sont tués chaque année par l’homme, victimes collatérales de la pêche intensive autour du globe et achevés pour leurs précieux ailerons.
L’homme a ainsi brutalement rompu un fragile équilibre vieux de plusieurs centaines de millions d’années et a déjà fait disparaître 80 à 90% des requins de la surface de notre planète bleue.
Mais que survienne un accident avec un requin et l’émotion bien légitime s’emballe, le scénario des « dents de la mer » ressurgit, avec la figure du monstre. Car la victime est alors rabaissée au rang de proie, vaincue par un monstre sanguinaire. Et les requins contrarient alors notre désir de profiter pleinement du milieu marin.
 
Accélérons la protection
Les experts présents ont rappelé que les requins ne trouveront leur salut que si nous sommes capables de tempérer notre voracité par un ensemble de mesures complémentaires permettant de traiter les différentes facettes d’un problème complexe et global.
La création de vastes sanctuaires couvrant des régions encore peu dégradées, permet de préserver tant les requins que les écosystèmes marins somptueux sur lesquels ils pourront continuer à régner librement. La république de Palau a donné l’exemple en 2009 en créant un sanctuaire vaste comme la France. Nombre d’autres pays ont suivi depuis, qui ont compris tout l’intérêt touristique des requins comme emblèmes d’un environnement marin préservé.
L’interdiction du finning (découpe des ailerons à bord avant de rejeter le reste du requin vivant), comme vient de le décider l’Union européenne, est essentielle pour ralentir la surexploitation des requins. Elle devra toutefois se prolonger par une véritable gestion des stocks de requins, longtemps négligée car les requins sont généralement les victimes collatérales des autres pêches commerciales.
L’inscription de cinq nouvelles espèces de requins à l’annexe II de la CITES en mars dernier ouvre la voie à un suivi renforcé du commerce international des requins et de leurs dérivés, mais les réticences restent fortes, en Asie notamment, pour lever le voile sur ce commerce aussi opaque que florissant.
Ces mesures internationales ou nationales doivent surtout être déclinées localement en s’appuyant sur le savoir et l’expérience des pêcheurs, en les sensibilisant et en les associant étroitement à la gestion des stocks de requins.
Le renforcement des mesures de protection doit se nourrir d’une connaissance accrue des requins. L’étude des requins n’a en effet véritablement démarré que depuis une quinzaine d’années, bien après que les « Dents de la mer » n’aient gravé dans l’inconscient collectif l’image sulfureuse de « mangeurs d’hommes ».
Longtemps restés à l’écart des programmes d’étude faute d’être reconnus comme des espèces commerciales, les requins sont encore aujourd’hui mal pris en compte dans les statistiques de pêche ou de commerce.
 
Le défi de la cohabitation
Si la protection des requins est essentielle et urgente à l’échelle mondiale, lorsque l’on regarde localement, la coexistence des requins et des activités humaines en mer n’est pas toujours simple et dans certains cas, la présence de requins vient remettre en question certaines activités. 
Les drames récents survenus à la Réunion nous rappellent cruellement que les requins restent des animaux sauvages et que certaines espèces peuvent présenter un risque et exigent la plus grande prudence lorsque l’on est amené à les côtoyer. Scientifiques, associations de protection des requins et représentants des usagers de la mer, notamment des surfeurs, pratiquants les plus exposés au risque, ont croisé leurs analyses pour dépasser la situation actuelle.
L’ensemble des participants considère que l’éradication des requins n’est pas une solution acceptable et qu’il faut donc travailler à une coexistence apaisée avec les requins, ce qui suppose l’acceptation et la gestion d’un « risque requin » par les pouvoirs publics et les pratiquants.
La connaissance, la compréhension des requins, sont là encore à développer pour faire progresser l’évaluation du risque, en mobilisant les outils techniques modernes qui nous offrent de nouvelles perspectives de suivi et d’études comportementales. 
Il apparaît toutefois illusoire de vouloir tout comprendre, expliquer et maîtriser de ces animaux sauvages. La priorité doit ainsi aller à la vigilance, à la prévention, à la surveillance. 
Pour être maîtrisé, le risque doit être assumé et l’information diffusée de façon claire et transparente  ainsi que les consignes correspondantes afin que, collectivement et individuellement, les usagers de la mer puissent s’organiser. On ne sort pas quand la mer est mauvaise. Reconnaissons le facteur animal au même titre que les contraintes physiques, la météo ou l’état de la mer.
Cette culture du risque assumé avec humilité n’est pas nouvelle. Surfeurs, apnéistes, navigateurs y sont habitués de longue date et l’ont intégrée à leur pratique, à leur passion.
Les participants ont souligné l’intérêt de s’inspirer de l’expérience d’autres régions confrontées à une coexistence problématique avec les requins : Floride, Afrique du Sud, Australie ou Brésil, tout en reconnaissant l’importance des spécificités locales. Ils ont unanimement reconnu qu’une gestion du risque est possible, notamment en développant l’accompagnement des surfeurs par des vigies en apnée, qui permettent une meilleure détection des requins sous l’eau (lorsque la visibilité est suffisante) et offrent la perspective d’influer sur le comportement des requins en partageant avec eux le milieu côtier.
L’évolution de nos pratiques, l’engagement concerté de tous les acteurs de la mer et la mobilisation de moyens pour évaluer et gérer le risque sont aujourd’hui le prix à payer si nous voulons cohabiter avec la nature sauvage et partager la mer avec des requins qui étaient là bien avant nous, depuis des centaines de millions d’années. 
Pour autant, le risque en mer ne sera jamais nul. Tant qu’il restera un grand requin, il y aura un risque d’attaque. Et s’il n’y a plus de grands requins, il restera toujours un risque de noyade, quand ce n’est pas une collision de deux usagers de la mer. Nous ne gagnerions pas grand-chose à décimer les requins, alors que nous risquerions de déséquilibrer tous les écosystèmes, remettant en cause ce qui nous nourrit ou nous attire.
 
Respectons la nature sauvage
Acceptons la vraie nature, pas celle qui nous arrange, que nous trions dans notre seul intérêt, mais une nature riche, mystérieuse et complexe, avec ses dangers, ses contraintes et ses bienfaits, que nous commençons parfois à peine à discerner.
Accepter la nature, c’est aussi replacer la préservation du milieu marin au cœur de nos activités, en développant des Aires Marines Protégées, et plus largement en mettant de l’humilité dans notre relation à la mer et au monde sauvage. Plutôt que de chercher à le conquérir et à l’asservir, sachons faire progresser la cohabitation.
Respecter les requins ne va pas de soi. C’est un formidable défi à relever, pour que les requins, de victimes de nos peurs et de notre appétit aveugle, deviennent les ambassadeurs d’une nouvelle relation à la mer.
 
 
Robert CALCAGNO,  Directeur général de l’Institut océanographique 
Richard ALLAN, Président de Requins en Péril
Armelle JUNG, Chef de projet scientifique Association des Requins et des Hommes
Francine KREISS, Apnéiste et photographe
Florentine LELOUP-MEUNIER, Présidente de Shark Angels France
Primo MICARELLI, Professeur d’aquariologie, Responsable de l’aquarium Mondo Marino
Jean-Paul MICHEL, Directeur France  du programme PEW Global Ocean Legacy
Jean-François NATIVEL, Secrétaire et fondateur de l’association Océan Prévention Réunion
Jean-Pascal QUOD, Directeur de l’Agence pour la Recherche et la Valorisation Marines
François SARANO, Océanographe, fondateur de l’association Longitude 181 NATURE
Michael SCHOLL, Directeur de Save Our Seas Foundation
Marc SORIA, IRD Réunion, Responsable du programme CHARC

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